Mercredi 21 juin 2006

8ème Congrès de l’Association Française de Science Politique

Lyon, 14-16 septembre 2005


 

Denis Pesche, Note de synthèse, février 2006

 

 

Les congrès de l’AFSP se structurent en général sous forme de tables rondes et d’ateliers. Le dernier congrès de l’AFSP avait eu lieu à Lille en septembre 2002[1]. Il avait en particulier abordé cinq thèmes (tables rondes) : la mondialisation, la règle électorale, pour une science politique de l’administration, la radicalisation politique et l’institutionnalisation de l’Europe. Cette année, le congrès de Lyon a abordé six thèmes sous forme de table ronde[2] :

  1. Où en sont les théories de l’action collective ?
  2. Mots et dispositifs du « gouvernement démocratique »
  3. La politique et la dynamique des relations professionnelles
  4. Les régimes politiques revisités : analyse comparative des recompositions des rapports politics/policies
  5. L’énonciation des normes internationales
  6. Villes, régions, Etats, Europe : l’action publique à l’épreuve des changements d’échelle.

 

Durant le congrès, 34 ateliers ont été proposés aux participants qui devaient nécessairement faire un choix dans cette offre importante de forums de présentation de travaux et de débat.

 

Pour ma part, j’avais choisi de suivre intégralement la table ronde n°1 sur l’action collective. Pour les ateliers, j’ai privilégié deux ateliers sur : (1) les méthodes de la comparaison internationale en matière de politiques publiques et d’action publique et (2) les usages sociaux d’une catégories invisible : l’ethnicité dans les mobilisations collectives et l’action publique.

 

 

Table ronde n°1

Où en sont les théories de l’action collective ?

 

Sur la base d’une présentation de nombreux travaux de jeunes chercheurs, cette table ronde a structuré la réflexion autour de quatre angles particuliers d’analyse de l’action collective qui ont structuré les quatre sessions de la table ronde :

  1. Les micromobilisations et les dynamiques de l’engagement individuel.
  2. La dimension symbolique de la construction des causes.
  3. Les répertoires d’action et la diversité des formes d’organisation
  4. Les mouvements sociaux dans l’espace politique.

 

En préalable, on soulignera que l’essentiel des travaux présentés reflète le sens principal donné généralement à l’action collective en science politique, à savoir une action de nature principalement contestataire (ce qu’on appelle en général les « mouvements sociaux »). Le discutant de la session 3, Michel Offerlé, à justement souligné l’intérêt qu’il y aurait à élargir le spectre de l’analyse en y incluant les groupes d’intérêts. Il rappelait les ainsi les quatre dimensions qui permettent de situer un mouvement d’action collective en insistant sur la quatrième qui permet d’inclure les groupes d’intérêts dans l’analyse :

·      Individuel / collectif

·      Discret, clandestin / ouvert, public

·      Action continue / action discontinue

·      Contestataire / non contestataire

 

Comme le précisaient les organisateurs : en dehors de l’école d’Alain Touraine, l’essentiel des débats théoriques sur l’action collective vient des USA. L’analyse de l’action collective et les mouvements sociaux se situe souvent à la croisée de plusieurs disciplines : sociologie politique, histoire, anthropologie, économie. Les organisateurs de la table ronde ont privilégié une entrée par concepts d’analyse/courants théoriques[3].

 

La première session a mis l’accent sur les micromobilisations et les dynamiques de l’engagement individuel.

 

« Depuis une dizaine d’années, se multiplient les travaux mettant l’accent sur les logiques de l’engagement individuel, dans le contexte d’un regain de l’analyse biographique et du récit de vie. Nourrie par le réinvestissement des apports des travaux sur la socialisation politique d’un côté et de l’interactionisme symbolique de l’autre, cette orientation s’appuie également sur une des développements consacrés aux réseaux interindividuels, à l’articulation entre fréquentations militantes et sociabilité, entre sphères de vie et activités militantes, contribuant ainsi à poser de manière renouvelée la question des rétributions et des incitations. Dans ce cadre général, les contributions à cet atelier visent à éclairer des axes d’analyse qui nous paraissent déterminants pour la compréhension des mécanismes de l’engagement. Les analyses en terme de « carrières militantes » seront en particulier au cœur de la réflexion ».

 

Les travaux présentés mettent l’accent sur les logiques de l’engagement individuel en s’appuyant sur des analyses biographiques et des récits de vie. Ils se situent en général dans une optique « interactionniste symbolique » et s’appuient sur l’analyse des réseaux interindividuels, de l’articulation entre fréquentations militantes et sociabilité, entre sphères de vie et activités militantes. Les travaux présentés s’inscrivent dans la tradition des travaux de science politique sur les rétributions et incitations du militantisme. Daniel Gaxie était chargé de faire l’analyse transversale des communications présentées : il s’interroge sur le fait qu’une grande variété de mouvements sociaux sont analysés avec des outils prélevés dans une « panoplie » commune. Il se demande s’il n’y aurait pas des caractéristiques spécifiques par grand type d’action collective[4] et s’interroge sur les critères qui pourraient servir à construire une typologie générale de l’action collective[5]. Gaxie souligne aussi l’influence importante des analyses interactionnistes (« dans l’air du temps intellectuel ») et estime qu’il faut aussi prendre en compte les structures qui donnent un cadre aux interactions[6]. La notion de « carrière » (militante en l’occurrence) est questionnée par certains car porteuse du risque de rationalisation a posteriori des étapes d’une vie dans une logique de séquençage des expériences.

 

La seconde session abordait l’action collective sous l’angle de la dimension symbolique de la construction des causes.

 

« Les modèles structuralistes longtemps dominants en sociologie des mouvements sociaux ont suscité, depuis une dizaine d’années, une série de critiques qui portent sur les médiations par lesquelles les acteurs éprouvent les contraintes sociales et s’y adaptent. L’un des objectifs de cet atelier est de présenter, de manière critique, les apports des théories mettant l’accent sur les identités individuelles et collectives, les idéologies et les croyances, les analyses en terme de « cadres » et de « cadrage »[7]. Il invite plus largement à travailler sur le travail de signification qui donne sens à la réalité contestée, aux mobilisations ou à leur environnement politique et institutionnel. Il suggère en ce sens de prendre en compte la pluralité des acteurs et des processus par lesquels les sens des événements protestataires se construisent ».

 

L’analyse des cadres (frame analisis) suppose que l’action collective résulte d’une mobilisation liée à l’alignement des cadres d’interprétation d’une réalité sur laquelle le mouvement se propose d’agir. Cet alignement est le résultat d’une stratégie développée par des entrepreneurs de cause. Cette approche permet de revaloriser le rôle des croyances, des valeurs, du symbolique et du cognitif dans l’analyse des mouvements sociaux. Elle permet de dépasser, sans les renier, les visions plus structuralistes et objectivistes. L’efficacité des cadres de mobilisation repose en partie sur les structures sociales. Cette approche donne une place importante à la notion de stratégie et conçoit les mouvements sociaux comme des constructions hiérarchisées (base/sommet) avec un rôle prédominant accordé aux leaders.

 

La troisième session, répertoires d’action et diversité des formes d’organisation, se proposait de faire le point sur une notion très utilisée dans l’analyse de l’action collective protestataire depuis les travaux de Tilly[8].

 

« La notion de répertoire d’action souligne à quel point le recours à la protestation politique s’apparente à une gestion de ressources rares. D’un point de vue diachronique, les modes d’action se caractérisent par une grande stabilité, ce qui rend d’autant plus remarquables d’éventuelles innovations. D’un point de vue synchronique, tous les groupes n’ont pas un égal accès aux formes d’action disponibles et, en fonction des ressources dont ils jouissent, choisissent ou se voient contraints de recourir à tels ou tels instruments de lutte. Les formes d’organisation jouant un rôle central parmi ces ressources, cet atelier vise à articuler la réflexion sur le répertoire d’action à celle sur la structuration des collectifs ».

 

L’analyse en terme de répertoire d’action collective tend à dissocier (1) les formes individuelles de résistance (discret), (2) les formes de contestation ouverte, collectives et discontinues (pour lesquelles la notion a été développée) et (3) les opérations routinisées des partis, syndicats (action continue). Michel Offerlé, qui faisait l’analyse transversale de la session, suggère l’intérêt qu’il aurait à décloisonner les analyses et, en particulier, à rapprocher l’analyse des mouvements sociaux de celle des groupes d’intérêts. Pour cela, aux trois oppositions évoquées (individuel/collectif, discret/ouvert, continu/discontinu), il propose d’en rajouter un quatrième avec le couple d’opposition entre mouvement contestataire et non contestataire (avec par exemple le colloque ou l’expertise comme forme de mobilisation et d’action collective non contestataire). M. Offerlé questionne aussi la notion de répertoire selon les contextes nationaux donnés (et en particulier au Sud) et selon les groupes sociaux (répertoires différents pour le mouvement ouvrier et la droite radicale par exemple). Offerlé évoque aussi ce qu’il appelle les registres de résilience, c'est-à-dire la manière dont

 

La quatrième session était centrée sur l’analyse des mouvements sociaux dans l’espace politique.

 

« L’insistance sur les facteurs structurels de la mobilisation par la sociologie anglo-saxonne de l’action collective a conduit à faire de la notion de structure des opportunités politiques un concept clé dans l’explication de l’émergence, mais aussi du développement des protestations collectives. Suscitant une critique nourrie et multiforme, cette notion a fait l’objet de tentatives d’explicitation aussi nombreuses que variées de la part de ses promoteurs. En prenant ces débats comme point de départ, cet atelier entend explorer les possibilités de reformulation théorique du poids des facteurs politiques structurels et contextuels dans la détermination des chances de succès ou d’échec des mouvements.

L’accent sera mis sur les relations qu’entretiennent les groupes protestataires avec les différents secteurs de l’Etat et avec l’ensemble des forces sociales et politiques actives dans l’espace des mobilisations (partis, syndicats, secteur associatif, entreprises, etc.). Il s’agit de placer au centre de la réflexion la question, encore peu explorée, de l’articulation entre action collective, agendas et politiques publiques d’une part, entre représentation des intérêts, expertise et mobilisation d’autre part. »

 

Quelques notions utiles ont été développées dans des communications :

  • La notion de divisibilité/indivisibilité d’un conflit (Y. Barthe, d’après Hirschman). Un conflit divisible se joue sur le plus ou le moins sur une question alors qu’un conflit indivisible se joue sur une alternative contre un autre. Les premiers se prêtent plus facilement à la négociation. L’intérêt de cette notion est d’analyser une situation conflictuelle comme étant un panachage de ces deux types : dans le processus de confrontation des acteurs, le conflit peut alors changer de nature et se déplacer selon l’axe divisibilité/indivisibilité.
  • La distinction de trois niveaux dans les structures de contexte politique : le niveau profond (démocratie,…), un niveau plus flexible (des règles et lois modifiables, souvent la cible des mouvement sociaux) et le niveau des évènements qui peut aussi jouer sur les MS (comme la mort d’un manifestant par exemple). Le contexte des mouvements sociaux doit être pris au sens plus large que les simples structures d’opportunités politiques : le contexte est politique mais aussi économique, socioculturel,…

 

 

 

 

 

 

Ateliers thématiques

 

Le congrès avait organisé 34 ateliers en deux sessions ce qui imposait aux participants d’en choisir 2. Pour ma part, j’ai opté pour : (1) les méthodes de la comparaison internationale en matière de politiques publiques et d’action publique et (2) les usages sociaux d’une catégories invisible : l’ethnicité dans les mobilisations collectives et l’action publique.

 

Sur les méthodes de la comparaison internationale en matière de politiques publiques et d’action publique proposait un cadrage résumé repris en partie ci-dessous :

 

« Les transformations fondamentales du politique dans les contextes nationaux et transnationaux posent de nouveaux défis à la comparaison. Jusqu’à présent, trois caractéristiques marquent les comparaisons internationales. Elles portent le plus souvent sur l’élaboration et l’adoption des politiques, mais s’étendent rarement à leur mise en œuvre. Elles privilégient l’échelon national, alors que l’intégration européenne, les dynamiques régionales et les régulations globales ouvrent des processus de construction et de résolution de problèmes publics dont l’espace n’est pas national. Enfin, l’interprétation des résultats s’arrête généralement à la confrontation des objets comparés, alors que l’explication devrait contribuer à construire une connaissance générale, valable au-delà et en dehors des cas comparés. Pour la méthodologie et l’interprétation, le problème central est de sélectionner les facteurs discriminants et d’articuler les facteurs d’ordre politique, culturel, institutionnel et financier en systèmes explicatifs, suffisamment fins pour rendre compte de chaque cas de la comparaison et suffisamment abstraits pour transcender l’ensemble des cas. »

 

Je retiens pour leur intérêt potentiel pour nos travaux les points suivants :

  • La notion d’interprétabilité des politiques publiques qui évoque l’idée qu’on est passé de politiques définissant au niveau central la catégories de l’action publique à des politiques où les professionnels sur le terrain sont placés en situation de faire eux-mêmes les arbitrages pour définir les bénéficiaires des politiques (analysé sur une comparaison des politiques sociales selon le cycle de vie entre la France et le Québec, L. Lima).
  • L’analyse des politiques publiques élaborées au niveau international (OMS) et leur impact aux échelles nationales, dans le cas des politiques de lutte contre le SIDA en Afrique. F. Eboko utilise aussi la notion de « culture politique » d’un pays et définit quatre types selon l’attitude du pays envers les injonctions de politique venant de l’international (participation active, adhésion passive, Etat effondré et dissidence active).

 

A signaler le n°11 (2004) de la Revue Internationale de politique comparée : Comparaisons internationales en politiques publiques : stratégies de recherche, méthodes et interprétation (http://ripc.spri.ucl.ac.be/francais/Sommaire/archives/vol11-3/comparaisons-internationales-politiques-publiques.htm) et le dernier numéro (4/2005) du Journal of Comparative Policy Analisis : http://taylorandfrancis.metapress.com/(l2webb552dfrgt552etej555)/app/home/journal.asp?referrer=parent&backto=linkingpublicationresults,1:111049,1

 

 

 

 

 

Les usages sociaux d’une catégories invisible : l’ethnicité dans les mobilisations collectives et l’action publique,

 

« Cet atelier sera dédié à l’étude des usages des catégories ethniques dans les mobilisations collectives et l’action publique. La prégnance en France d’une tradition intellectuelle républicaine et jacobine ainsi que des cadres d’analyse d’inspiration marxiste privilégiant les référents classistes a longtemps fait obstacle à l’analyse de ces usages. En science politique, ce n’est que récemment que les travaux de politiques publiques ont constitué l’ethnicité en objet d’étude, notamment à travers l’analyse des imbrications entre territorialisation et ethnicisation de l’action publique.

Dans d’autres champs d’étude, tel celui de l’action collective, la catégorie ethnique n’est en revanche guère interrogée ou semble se diluer dans d’autres catégories bénéficiant d’une certification institutionnelle ou d’une légitimité sociologique plus fortes, alors qu’elle est centrale dans les travaux anglo-saxons. Pourtant, c’est bien à l’articulation de l’analyse de l’action des pouvoirs publics et de celle des mobilisations collectives que peut se saisir toute une série des luttes de définition qui contribuent à constituer certains attributs (couleur, langue, contiguïté territoriale, similarité des pratiques, etc.) en marqueurs d’appartenance ethnique.

Cet atelier se propose tout d’abord, dans une introduction présentée par les deux organisatrices, de dresser un état des lieux des usages scientifiques de la notion d’ethnicité, notamment dans la littérature américaine, et d’ouvrir le débat sur l’intérêt qu’elle peut présenter pour la compréhension des phénomènes politiques contemporains dès lors que l’on s’attache à éviter les écueils symétriques de l’essentialisme et du constructivisme radical ».

 

Cet atelier est d’un intérêt évident pour nos travaux dans les pays en développement. Les animatrices de l’atelier privilégient une vision sociale et constructiviste qui considère l’ethnicité comme un processus d’assignation/attribution identitaire qui repose sur la croyance en une origine commune (Weber). Elles analysent ces processus selon deux dimensions : le rôle des individus (la production de l’ethnicité par le bas) et celui des institutions (par le haut). Plusieurs pistes de travail sont identifiées :

  • Dépasser la vision instrumentale véhiculée par les théories de la mobilisation des ressources (où l’ethnicité est une ressource parmi d’autres qu’utilisent les leaders) et s’interroger sur l’appropriation par les membres du groupe de la notion.
  • Relier la notion a la mobilisation de réseaux.
  • Relier la notion aux choix des répertoires d’action collective.

 

Les animatrices de l’atelier soulignent deux « tensions fécondes » entre ethnicité et classes sociales puis entre ethnicité et genre. Plusieurs travaux en cours montrent l’intérêt de prendre en compte cette clé de lecture (articulée à d’autres).

 

 



[2] Toutes les contributions sont consultables en ligne :

http://www.afsp.msh-paris.fr/archives/congreslyon2005/lyon2005.html

[3] Je reprends en italique les quelques phrases introductives des organisateurs pour chaque session afin de préciser ces positionnements.

[4] Cette interrogation rejoint cette de Monika Steffen, exprimée dans l’atelier sur les analyses comparées de politiques publiques, qui se demandait s’il n’existait pas une logique propre à certains problèmes (traités par des politiques publiques), relativement indépendamment des contextes nationaux. Ces interrogations apparaissent comme un retour à un certain « substantialisme raisonné » par rapport à des postures interactionnistes et relativistes trop radicales.

[5] Le besoin de typologie générale de l’action collective a été exprimé par plusieurs intervenants mais d’autres ont souligné aussi les réticences des chercheurs à s’y engager car les exercice typologique de portée générale n’auraient actuellement pas le vent en poupe en science sociale.

[6] Sur cette éternelle opposition entre les tenants de l’individualisme et ceux du poids des structures, je me risquerai à un petit jeu de mots pour détendre l’atmosphère : les premiers parlent de stratégies, valorisant l’instantané et le calcul, les second plutôt de trajectoires, intégrant la dimension historique. Pourquoi ne pas parler de « stratectoires » ou de … « traje-gie » ou « trajet dit » pour ne pas dire tragédies…

[7] Cefaï D, Trom D, eds. 2001. Les formes de l'action collective : mobilisations dans des arènes politiques. Paris: Editions de l'EHESS (Raisons Pratiques). 322 pp.

[8] Tilly C, 1986, La France conteste de 1600 à nos jours, Paris, 622 pp. Par répertoire d’action collective, Tilly entend l’ensemble des modes d’action protestataire liée à une époque (et un pays) donné. Il montre dans son travail comment ce répertoire évolue sur la longue durée : de local et patronné sous l’ancien régime, le répertoire d’action collective devient national et autonome vers le milieu du XIXe siècle.

par Denis Pesche publié dans : Science politique
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